16.09.2009

Rrom, Tsiganes, Manouches, Gitans, Roumains

  • Racisme et amalgames

Quand ils jouent du violon, ce sont de gentils Tsiganes. Quand ils font du jazz, ce sont des Manouches. Dans les films de Kusturica, c’est des Gitans. Quand ils mendient dans le métro, c’est des Roumains. Quand ils habitent dans une caravane, c’est des gens du voyage. Quand ils habitent dans des bidonvilles, c’est des Rroms. Quand ils habitent dans une maison, c’est des « Tsiganes sédentarisés ». Quand ils sont très pauvres, c’est des voleurs. Quand ils ont de belles voitures, c’est aussi des voleurs. Qu’ont en commun toutes ces phrases ? D’être entièrement fausses et de véhiculer des amalgames et des non-sens qui, dans un climat actuel extrêmement difficile pour les communautés dont il va être question, confinent au racisme. Pour ceux qui pensent encore qu’un être humain est un être humain, indépendamment de son statut social et de son origine ethnique, et que tous les êtres humains sont égaux, nous allons tenter de battre en brèche les idées reçues.

Pour l’écrasante majorité des gens, et, fait plus grave, pour bien des instances institutionnelles, la confusion est totale : Rroms, Gitans, Roumains, Tsiganes, Manouches, gens du voyage, Bohémiens..., tous ces termes semblent interchangeables pour désigner une masse floue de gens, pauvres, asociaux, et qui se déplacent sur les routes. Première erreur, et de taille : seuls 4% des Rroms sont des nomades à l’échelle européenne ; en France, ils sont environ 20%. À l’inverse, d’autres communautés sont nomades mais ne sont pas rroms. Le poncif « Tsigane », qui a amalgamé bien des populations différentes au cours des siècles [cf. encadré ci-dessous], désigne en fin de compte une réalité sociale fantasmatique : le versant négatif en est l’image du nomade pauvre et hors-la-loi ; le versant positif en est le rebelle fier, libre et musicien.
Le mythe perdure. [...] le Parlement vote des lois et le gouvernement fait passer des circulaires scandaleuses, contournant par mille subtilités juridiques les fondements de la République, les droits de l’homme, les textes européens, bref tous les beaux discours de la liberté égalité fraternité qui interdisent de s’en prendre à un groupe ethnique. Bienvenue dans une société schizophrène.
Quant au bel euphémisme « gens du voyage », il a été mis en circulation par deux décrets français de 1972. Dans la pratique administrative et dans le langage médiatique, cette appellation est désormais utilisée pour désigner, de manière « politiquement correcte », les Rroms, Manouches, Gitans, Yéniches, bref tous ceux qu’on est prêt à écarter des villes et dont on ne sait pas trop qui ils sont. La preuve : il ne viendrait à l’idée de personne d’appeler un trader qui passe sa vie entre New York, Londres et Paris un « gens du voyage ». Il voyage plus qu’un Rrom ? Qu’importe. Les fantasmes sont bien ancrés et on les ressort à la première occasion.

Rrom, Roumain : ça se ressemble drôlement. C’est pareil, non ? [...] Eh bien non. Les Roumains sont un peuple vivant en Roumanie, en Moldavie et dans quelques régions voisines. Leur langue, le roumain (mot dérivé de la ville de Rome), est une langue néo-latine. Le mot Rrom vient quant à lui d’un mot sanskrit qui signifiait « artiste, artisan » [...] Alors certes la Roumanie compte le nombre le plus important de Rroms (près de deux millions), et pourtant : tous les Rroms ne sont pas roumains et tous les Roumains ne sont pas rroms. La confusion entre ces deux peuples s’est accentuée lorsque l’effondrement du bloc soviétique a jeté dans la misère une partie de la population [...] Effondrement économique, climat de haine... [...] C’est ce climat qui pousse les plus fragiles à fuir les discriminations et les violences... et à arriver aux portes de nos villes. De quoi regarder différemment les quelques mendiants du métro... Ces Rroms de Roumanie, de Bulgarie ou du Kosovo qui ont fui la misère et les discriminations ne sont pas nomades mais sédentaires. Ils ont occupé des caravanes non pas par habitude ni par amour du voyage, mais faute de mieux : ils viennent tenter leur chance en Europe. Alors qu’ils sont à peine dix mille dans toute la France, quelques dizaines par bidonville, ils sont censés être une « invasion ».

Pourquoi ? Parce qu’ils sont trop visibles. Parce que cela contrarie le Parisien, de voir une dame mendier avec son nouveau-né. Il est plus simple de ne plus la voir, même si cela est coûteux financièrement, même si cela est humainement intolérable. Les chiffres d’expulsion gonflent, et tout le monde est content. Tant pis s’ils sont européens, tant pis s’ils essaient de travailler, tant pis si leurs enfants étaient scolarisés. Syllogisme : tout nomade est un pauvre, tout indésirable est un nomade. Conséquence : tout Rrom habitant dans un bidonville, puisque pauvre et indésirable, est un nomade, donc un Tsigane, donc un Manouche, donc un Gitan, donc a une grosse caravane. Et voilà comment on ne vient à croire qu’il suffit de faire la manche pour s’acheter une Mercedes. On a tous lu Tintin. C’était une pie, pas les Bohémiens, qui volait les bijoux de la Castafiore. Nicolas Sarkozy, non : il n’a lu ni La Princesse de Clèves, ni Tintin. À l’Assemblée nationale, le 10 juillet 2002, le ministre de l’Intérieur faisait cette déclaration mémorable : « Comment se fait-il que l’on voie dans certains de ces campements tant de si belles voitures, alors qu’il y a si peu de gens qui travaillent ? » On doit tout reprendre au début. Le fait qu’on puisse être itinérant et avoir un vrai métier. Le fait que d’autres ne se retrouvent dans des « campements » que par nécessité, parce qu’on leur refuse le droit élémentaire à vivre... sur un terrain. Le fait que la majorité des Rroms sont sédentaires, sont « intégrés », sont vos voisins, votre médecin, votre plombier, votre couvreur, votre avocat, votre cirque Zavatta, votre... Les « bobos », dit-on : « bourgeois bohèmes ». On accuserait presque les Rroms d’être d’autres bobos : des bohémiens bourgeois. Qui ont volé tant et tant de poules ! Humour rrom : « On va lâcher un million de poules dans Paris, comme ça on n’en parle plus. » Confondre un mode de vie et une classe sociale, sous l’appellation « tsigane », en présupposant qu’un « Tsigane » est obligé d’être pauvre, est ahurissant. On oublie ce faisant qu’il est lui aussi français, et qu’il a lui aussi le droit de gagner de l’argent. Mais non. Le Manouche n’a pas le droit d’avoir une belle voiture, alors qu’il ne viendrait à personne l’idée de critiquer la Mercedes de son voisin, quand bien même magouillerait-il un peu. C’est le moment de rappeler quelques vérités : « Savez-vous qu’ils paient des impôts, «ces gens-là» ? Savez-vous que ce qu’ils demandent en priorité c’est d’acheter des terrains où ils pourront installer leurs caravanes et vivre, mais que systématiquement les maires se pressent de préempter pour éviter leur présence sur leurs communes ? Savez-vous qu’ils sont français, au moins ? Qu’ils ont participé eux aussi à la Résistance ? Savez-vous que la nouvelle taxe d’habitation pour les caravanes (instaurée en 2005 et applicable en 2008 pour ne pas gêner la présidentielle) est trois fois supérieure à la taxe d’habitation dans un des quartiers les plus bourgeois de Paris (le Marais), alors que cette même caravane taxée n’ouvre aucun droit aux aides logement (APL, crédits à taux réduit, etc.) parce que quand il s’agit d’aides, elle n’est pas reconnue comme logement ? » Pour des gens censés voler l’État et les honnêtes contribuables, on repassera. On a vu des moyens plus efficaces de vivre aux crochets de la société, puisque telle est l’accusation courante. Pour les nomades, pas d’aides au logement, parfois pas de carte d’identité, un policier à aller voir tous les trois mois pour valider ses papiers, un droit au stationnement qui se réduit comme peau de chagrin, le non-respect de la loi Besson.

Quand il y a des aires de stationnement, l’astuce : les reléguer dans des zones lointaines, à proximité de lieux pollués (ce qui est absurde d’un point de vue financier, puisque la viabilisation des terrains est donc très coûteuse) [voir diaporama], « oublier » de faire passer le ramassage les ordures (manière subtile pour les municipalités de prouver que ces gens-là sont sales par culture). Le maire de Bormes-les-Mimosas a adressé cette lettre aux élus du Var : « Environ 450 personnes vivent désormais, en toute illégalité, à proximité de nos paisibles concitoyens. Combien durera leur séjour ? Seule la volonté de ces citoyens hors-la-loi le décidera. [...] Protégez tous vos terrains, privés ou communaux, labourez-les [photo1  Vélizy], rendez-les inaccessibles [photo2 Vélizy], ne comptez que sur votre équipe municipale, vos services et vous-même pour sécuriser vos concitoyens. » Autre astuce, juridique : modifier le droit au travail pour le rendre de plus en plus restrictif, et donc pousser les « gens du voyage » dans l’illégalité. Ainsi, une loi de 1996 relative au commerce et à l’artisanat oblige à montrer un diplôme ou la preuve d’une expérience de trois ans (ce qui suppose de rester au même endroit pendant cette durée) concernant des métiers tels que la construction, l’entretien de bâtiments, le ramonage - activités très souvent exercées par les « Tsiganes » et « voyageurs ». L’apprentissage de ces métiers étant jusqu’alors informel, transmis par la famille et non par l’École Nationale Supérieure du Ramonage, voilà des métiers qu’ils sont maintenant obligés d’exercer illégalement. Mêmes bâtons dans les roues pour les vendeurs ambulants. En plus du fait qu’ils rencontrent de plus en plus de problèmes pour tout bêtement pouvoir s’arrêter, il leur est de plus en plus difficile de trouver des étals libres sur les marchés. Le président de l’Association nationale des gens du voyage catholiques témoigne : « Les marchés ont été réduits, réduits, réduits... Ceux qui ont des places permanentes gardent leurs places. Ils réduisent le marché de cinquante mètres, ou un peu plus... Ils enlèvent les places du bout, où il y a les voyageurs. »  C’est un effet boule de neige. En empêchant les « gens du voyage » de travailler, on les précarise. On les pousse vers la misère et vers l’illégalité, qui est précisément ce qu’on leur reproche. Oh, le beau cercle vicieux ! Et au fait, une dernière nouvelle, incroyable, qui fera plaisir à leurs détracteurs : il y a aussi des voleurs parmi ces gens. Comme partout. [...]

Pour lire l'intégralité de cet article (revue Le Tigre) : [Sources] (janvier 2009)
Le Tigre est un magazine généraliste indépendant. Il est dirigé par deux auteurs : Lætitia Bianchi et Raphaël Meltz.

  • Début 2008, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) a rendu publique une délibération sur les « gens du voyage », délibération qui précise un certain nombre de points juridiques, et recommande au gouvernement de prendre des dispositions. Alors que le constat final est que « les gens du voyage sont victimes de discriminations résultant des textes en vigueur comme de comportements individuels, et ce dans tous les domaines de la vie quotidienne », certaines recommandations au gouvernement restent timides.

[La Halde est une autorité administrative indépendante créée en 2005. Elle est actuellement présidée par Louis Schweitzer. La Halde peut être saisie par tout citoyen qui s’estime victime d’une discrimination : après enquête, elle peut proposer une médiation, déposer une plainte ou se faire entendre par un tribunal pour défendre le réclamant. La délibération sur la situation des « gens du voyage » (no 2007-372) date du 17 décembre 2007 ; elle est disponible sur www.halde.fr.]

  • N'oubliez pas de lire l'article de M. le Maire de Vélizy sur son blog : [lien]
    (du 15 septembre 2009)

 

Des Roumains expulsés par les flammes

  • Samedi 12 septembre dans l'après-midi : violent incendie sur le noeud routier A86/N118 à Vélizy/Clamart

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Le lieu où des Roumains s'étaient installé depuis plusieurs mois a été entièrement détruit. L'incendie a menacé les habitations du quartier du Haut Clamart et a détruit une partie du mur anti-bruit.
Loin des quartiers d'habitations de Vélizy, ce petit camp de fortune (sans eau et sans électricité) avaient suscité de la part de quelques clamartois de la solidarité en ouvrant leur porte et leur robinet d'eau [lien].
Les Roumains n’avaient pas grand chose. Ce qui est sûr, c'est qu'ils n’ont plus rien. Il devait être expulsé à la demande de la Mairie de Vélizy et de Clamart, c'est finalement le feu qui a précipité leur expulsion.

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31.03.2009

Les Enfants de Don Quichotte à la rencontre des mal logés

 

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  • Depuis notre premier campement citoyen du canal Saint-Martin, durant l’hiver 2006/2007, à Paris, notre combat n'a jamais cessé. Pendant deux ans, notre petite équipe de bénévoles n’a pas ménagé sa peine, aux côtés des associations, aujourd’hui réunies dans une inter associative, pour essayer d’infléchir l’action des pouvoirs publics envers les mal-logés. Nous avons parcouru la France pour des projections/débats de notre film « Enfant de Don Quichotte – Acte 1 ». Nous avons participé, et participons encore, à des discussions avec le gouvernement pour tenter d’améliorer la situation.
  • Mais force est de constater que ces années passées à attendre l’application des engagements pris suite au mouvement de mobilisation national qu'avait suscité notre action n’ont pas servi à grand chose, malgré le vote de la loi sur le droit au logement opposable, essentielle à bien des égards, mais largement inappliquée et inapplicable en l’état.
  • Face au manque de volonté politique et alors que la crise du logement ne cesse de s’aggraver, il y a urgence à imposer de nouveau dans l'espace médiatique, et donc… dans l'agenda gouvernemental, le thème de la lutte contre le mal logement.
  • Nous poursuivons notre Tour de De France du mal logement. Depuis le 16 mars nous avons installé des campements citoyens temporaires à Avignon, Marseille et Lyon, campements où nous avons notamment rencontré Najet, 18 ans, sans abri à Marseille et David, Agnès et Kenzo, toute jeune famille hébergée dans deux CHRS différents à Avignon.

www.lesenfantsdedonquichotte.com


23.12.2008

Un sans-abri meurt tous les jours en France

Mediapart Les mort de la rue

[Communiqué du 22 décembre 2008]

  • Selon Médiapart et le collectif Les morts de la rue :

Au moins 337 sans domicile fixe sont morts en France en 2008. Et sans doute plus. Mais l'Etat refuse de mesurer cette tragédie. Mediapart a donc décidé de s'associer au collectif Les morts de la rue pour dénoncer un double scandale: l'incurie des politiques publiques, et la volonté des gouvernants de cacher que la rue tue. La carte des sans-abri décédés cette année montre que toutes les régions sont touchées. Et rappelle que, quand on vit à la rue, on meurt en moyenne à l'âge de 49 ans, que ce soit de violence, de maladie ou simplement d'isolement.

 

Depuis 2002, nous avons appris les décès de 1 200 personnes de la rue.
Age moyen de ces décès : 48 ans.
Espérance de vie nationale : 80 ans.

Depuis 2004, nous avons accompagné 940 Morts isolés.
Aucune personne de la rue ne doit être oubliée
une deuxième fois, dans sa mort.
Car ce recensement est « artisanal » et donc non exhaustif. Il concerne des personnes décédées dans la rue et de la rue.
Le collectif les Morts  de la Rue dénonce la mort prématurée des personnes vivant ou ayant vécu à la rue.
Il faut savoir qu’une personne qui vit ou a vécu à la rue mourra de mort violente  ou d’usure, en tout cas TOUJOURS  prématurément.
Or personne, en dehors des associations ne veut rien savoir des séquelles de la vie dans la rue.
Le collectif Les Morts de la Rue en association avec le journal Médiapart souhaite ainsi faire savoir que la vie dans la rue tue et s’engage à en informer régulièrement tous les citoyens.
Cette carte permettra aussi aux citoyens eux-mêmes de nous informer des décès des personnes de la rue dont le collectif n’a pas toujours connaissance.
Dés lors, le collectif les Morts de la rue  s’inscrit comme un « service public citoyen » EN ATTENDANT QUE L’ETAT SE SOUCIE DE DÉNOMBRER CES MORTS, et en tire les conséquences pour sauver décemment des vies humaines.

Sources Médiapart : www.mediapart.fr

Sources Collectif "Les morts de la rue" : www.mortsdelarue.org